On parle souvent de sexualité à travers le plaisir, le désir, l’épanouissement… Mais qu’en est-il quand, au lieu de ressentir cette fluidité, on fait face à une gêne, un blocage, une honte qui empêche d’être pleinement à l’aise dans son intimité ?
L’image dominante de la sexualité, c’est celle d’un espace de liberté, où tout devrait être instinctif et naturel. Mais la réalité est bien plus complexe. Il est fréquent et totalement normal d’éprouver des doutes, des peurs, des blocages à certains moments de sa vie.
Cela ne veut pas dire que vous avez un problème à “corriger”. La sexualité n’est pas un automatisme universel, ni une performance à réussir. C’est une expérience intime et personnelle, influencée par son histoire, son vécu, son environnement.
Dans cet article, nous allons explorer ensemble ce qu’est un blocage sexuel, pourquoi il existe, quelles sont ses causes et surtout, comment retrouver une sexualité plus libre et sereine.

Sommaire :
Qu’est-ce qu’un blocage sexuel ?
Un blocage sexuel est une difficulté persistante à vivre sa sexualité de manière fluide et sereine. Il peut être temporaire ou durable, léger ou très impactant, et se manifester de différentes manières.
Il ne s’agit pas seulement d’une “peur de la sexualité”, mais plutôt d’un frein inconscient ou conscient qui empêche d’être pleinement présent·e dans son intimité. Cela peut concerner le désir, le plaisir, l’excitation ou même la communication avec son/sa partenaire.
➜ Les formes les plus courantes de blocages sexuels :
• Une peur des rapports sexuels, que ce soit la peur de la douleur, de la pénétration, de la performance ou du jugement.
• Une difficulté à ressentir du désir ou du plaisir, sans savoir pourquoi.
• Un sentiment de honte, lié à son corps, à ses fantasmes, à ses pratiques sexuelles.
• Une inhibition à exprimer ses envies ou à poser ses limites, par peur d’être rejeté·e ou incompris·e.
• Une sensation de déconnexion aux sensations physiques, comme si l’on était “dans sa tête” plutôt que dans son corps.
• Des tensions, voire des douleurs pendant les rapports, qui ne sont pas d’origine purement médicale mais liées à un stress, une peur ou un conditionnement inconscient.
Un blocage sexuel n’est pas une anomalie. Il traduit souvent une émotion sous-jacente, une peur, une croyance, une expérience passée, qu’il est possible d’explorer et de comprendre avec bienveillance !
Pourquoi ressent-on une gêne dans sa sexualité ?
En cabinet, beaucoup des personnes que j'accompagne se posent des questions comme :
• Est-ce normal de ressentir une gêne ou un blocage ?
• Pourquoi ai-je peur des rapports sexuels ?
• Pourquoi ai-je du mal à exprimer mes désirs ?
• Pourquoi ai-je honte de mon corps ou de mes envies ?
• Pourquoi suis-je déconnecté·e de mon plaisir ?
Le stress et l’anxiété : des ennemis invisibles du plaisir
L’anxiété fonctionne comme un véritable parasite du plaisir sexuel. Lorsqu’on est dans sa tête, préoccupé·e par son image, sa performance ou la réaction de son/sa partenaire, il devient très difficile de ressentir pleinement les sensations de son corps. Plus on pense, moins on ressent.
Exemple courant : Certaines personnes anticipent tellement l’échec (perte d’érection, absence de plaisir, douleur potentielle) qu’elles créent un cercle vicieux où la peur de “mal faire” entraîne un réel blocage physique et émotionnel.
Lâcher prise ne se décrète pas, mais on peut apprendre à calmer son esprit et à se recentrer sur ses sensations. Des techniques comme la respiration consciente ou la méditation peuvent aider à réduire la charge mentale liée à la sexualité.
L’impact des expériences passées sur les blocages sexuels
Notre sexualité est souvent influencée par notre histoire. Une mauvaise expérience passée, qu’il s’agisse d’une douleur physique, d’un rapport non désiré ou d’une situation humiliante, peut laisser des traces profondes. Certaines personnes développent une anxiété anticipatoire, c’est-à-dire qu’avant même d’avoir un rapport, elles ressentent déjà du stress ou une peur diffuse. D’autres peuvent vivre des réactions corporelles involontaires (contractions, tensions, évitement).
Les blocages issus d’un trauma ne signifient pas que vous êtes “cassé·e”. Votre corps essaie simplement de se protéger. Il est possible de déconstruire ces réactions, notamment avec une approche bienveillante et un accompagnement adapté.
Les médias et la pornographie : des modèles qui influencent nos attentes
Dans les films, les séries, les clips musicaux, et surtout la pornographie, la sexualité est souvent représentée sous une forme idéalisée et performative : des corps parfaits, des orgasmes spectaculaires, une excitation immédiate… Résultat ? On se compare à ces images, et on peut ressentir une pression énorme pour correspondre à ces standards irréalistes.
➜ Se rappeler que la sexualité réelle est loin de ces images permet déjà de relâcher une partie de la pression. Le plaisir et le désir ne suivent pas un script parfait : ils évoluent, fluctuent, et c’est totalement normal !
Ces blocages ont souvent plusieurs origines, qu’il est essentiel d’identifier pour mieux les comprendre.
1. Les peurs autour des rapports sexuels
Certaines personnes ressentent une appréhension à l’idée d’avoir une relation sexuelle, sans forcément savoir pourquoi. Cette peur peut être liée à :
• Une éducation stricte ou taboue autour de la sexualité, où parler de plaisir ou de désir était mal vu.
• Une mauvaise expérience passée : douleur, inconfort, pression, non-consentement…
• Une anxiété liée à la performance ou au regard du/de la partenaire.
La peur est une émotion naturelle. Elle ne disparaît pas en l’ignorant, mais en la comprenant et en apprenant à la déconstruire.
2. Pourquoi a-t-on du mal à exprimer ses désirs ?
Beaucoup de personnes éprouvent des difficultés à verbaliser leurs envies sexuelles, par crainte du regard de l’autre.
➜ Plusieurs raisons peuvent expliquer cela :
• La peur du rejet ou du jugement : “Et si mon/ma partenaire trouvait ça bizarre ?”
• Le manque d’habitude à parler de sexualité : on ne nous a pas appris à le faire.
• Une méconnaissance de soi-même : parfois, on ne sait même pas ce que l’on désire réellement.
Exprimer ses désirs est un apprentissage. Cela ne se fait pas du jour au lendemain, et c’est OK de tâtonner !
3. Pourquoi ressent-on de la honte dans sa sexualité ?
La honte sexuelle est souvent apprise, notamment à travers :
• Une éducation culpabilisante, où la sexualité est perçue comme “sale” ou immorale.
• Des expériences passées où l’on s’est senti·e jugé·e ou incompris·e.
• Des injonctions sociales sur ce qui est “normal” ou “acceptable” en matière de sexualité.
Bonne nouvelle : la honte se déconstruit ! La honte n’est jamais innée. Elle est apprise, ce qui veut dire qu’on peut aussi la déconstruire avec le temps.
4. Pourquoi est-on parfois déconnecté·e du plaisir ?
Certaines personnes ressentent une distanciation avec leur corps et leurs sensations, ce qui peut s’expliquer par :
• Un mental trop présent, qui empêche de lâcher prise.
• Une pression à ressentir du plaisir, qui crée l’effet inverse.
• Un manque de connexion au corps, souvent lié à du stress ou des traumatismes passés.
• Un mental trop présent qui empêche de lâcher prise.
• Un manque de connexion avec son propre corps.
• Une pression sur le fait de “devoir” ressentir quelque chose.
Se reconnecter à son plaisir ne se force pas. Plus on essaie de le provoquer, plus il s’éloigne. Il faut avant tout se laisser du temps et de l’espace pour explorer.
L’injonction au plaisir, au désir et à la performance : un piège invisible
Dans notre société, il faudrait :
Avoir du désir tout le temps.
Prendre du plaisir à chaque rapport.
Être performant·e et correspondre aux attentes de l’autre.
STOP ! Ces idées créent de la pression et amplifient les blocages.
➜ Se libérer de ces injonctions, c’est accepter que :
• Le désir fluctue et c’est normal.
• Le plaisir ne se commande pas.
• La sexualité ne devrait jamais être une performance.
Lâcher la pression, c’est la première étape vers une sexualité plus apaisée.
Comment surmonter ces blocages ?
Si vous vous reconnaissez dans ces difficultés, voici quelques pistes pour avancer :
1. Identifier ses blocages sans se juger
Posez-vous la question : “Qu’est-ce qui me freine réellement ?”
• Une peur ?
• Une croyance limitante ?
• Une expérience passée ?
➜ Le simple fait de mettre des mots dessus est déjà une avancée.
2. Réapprendre à s’écouter sans pression
• Ne vous forcez pas à ressentir quelque chose.
• Accueillez votre rythme sans comparaison.
• Redécouvrez votre corps sans objectif (sensations, textures, chaleur…).
3. Développer une communication bienveillante avec son/sa partenaire
• Exprimer ses ressentis sans peur du jugement.
• Poser ses limites et écouter celles de l’autre.
• Dédramatiser les blocages en en parlant avec légèreté.
4. Se faire accompagner si nécessaire
Parfois, il est difficile de débloquer ces mécanismes seul·e. Un accompagnement avec un·e sexologue permet de comprendre ce qui se joue et de trouver des solutions adaptées à votre histoire.
Conclusion : chaque parcours est unique, avancez à votre rythme
Et si la sexualité ne se résumait pas à la performance ?
Il est temps de redéfinir la sexualité, non pas comme une suite d’actions à accomplir, mais comme une expérience sensorielle et émotionnelle. Certaines personnes trouvent du plaisir dans la tendresse, d’autres dans le jeu, d’autres encore dans des pratiques plus exploratoires.
L’essentiel est d’explorer ce qui fait sens pour vous, sans pression ni attente.
Si vous ressentez une gêne, une honte, un blocage dans votre sexualité, sachez que vous n’êtes pas seul·e. Ces sensations sont normales, et elles peuvent évoluer avec le temps et un accompagnement bienveillant.
Votre sexualité vous appartient ! Il n’y a pas d’obligation à ressentir du désir ou du plaisir tout le temps. Prenez le temps d’explorer ce qui vous fait du bien, à votre rythme.
Si vous souhaitez en parler et être accompagné·e dans ce cheminement, je suis là pour vous aider à avancer, sans tabou et toujours avec bienveillance.
➜ À lire aussi : L’injonction à la performance sexuelle
➜ Besoin d’échanger ? Prendre rendez-vous avec un·e sexologue
Pour aller plus loin, quelques ressources :
Contexte des sexualités en France, la quatrième enquête scientifique nationale sur la sexualité
Le désir dans le couple : comment gérer le décalage d'envie sexuelle sur la durée, Laurence Dispaux
Jouir en Choeur, Emily Nagoski
Couper la douleur, Lisa Dayan